
Beaucoup d’informaticiens travaillent en SSII et peuvent avoir l’impression d’être les dindons de la farce. En gros, on les place chez le client, ils rapportent 500 €/jour, soit 10 000 €/mois et eux touchent 2500 € net mensuel.
Là on se dit, si les 500 € allaient dans ma poche, la vie serait plus belle !
Voici la réalité.
Premièrement, il est quasi impossible maintenant pour un informaticien indépendant de rentrer en direct chez un gros compte (banque, assurance…). Les directions des achats contrôlent tout et ne traitent plus qu’avec de grosses SSII référencées, afin de pouvoir négocier des gros contrats et des tarifs réduits.
Votre client sera en fait une SSII, qui vous apportera un contrat chez un grand compte et se rémunérera 15-20% sur le tarif final. Sur les 500 €/jour, il vous en reste donc 400 €.
La vie reste belle, sur 20 jours, ça fait 8000 € !
Pas tout à fait ! De votre chiffre d’affaire de 8000 €, vous allez déduire vos frais.
Super, je vais pouvoir m’acheter des costumes et les déduire ? Et bien non ! Les frais déductibles sont strictement encadrés et les costumes n’entrent pas dedans. Mais vous pourrez déduire une partie de votre loyer et charges afférentes, une partie de votre budget déplacement, informatique, formation, comptabilité, etc., sous réserve d’une justification professionnelle.
Parmi ces frais, il y a des frais que vous auriez eus de toute façon, même en étant salarié (et qui d’ailleurs peuvent être déduit en frais réel lors de votre déclaration d’impôts sur le revenu), mais il y en a aussi des nouveaux qui vont s’ajouter : logiciel de comptabilité, honoraire de l’expert-comptable, création de cartes de visite, d’un site Web, etc.
1000 € de frais par mois est réaliste. Votre bénéfice est donc de 7000 €. C’est ce chiffre qui va servir de base pour les cotisations sociales (URSSAF et co).
Comptez environ 30% de cotisation sociales, il vous reste donc 4900 €, ce qui demeure alléchant, j’en conviens !
Mais quid des vacances annuelles et des RTTs que vous auriez eus en étant salarié ? Et, si vous tombez malade ? Donc ces 4900 € mensuel, ça n’est pas pour 12 qu’il faut les multiplier, mais plutôt par 10, pour avoir votre rémunération annuelle : 49 000 €.
C’est plutôt bien, ça fait du 4083 € net mensuel, à comparer au 2500 € de base.
Où est le piège ?
Dans cette simulation, on suppose qu’il n’y aucune période d’inter contrat ou que si vous enchainez les contrats, il n’y a pas de vacances entre les deux.
Dans les faits, il est tout à fait possible, surtout ces temps-ci, d’avoir de la chance (ou de se la créer en prospectant activement) et tomber sur une régie d’un an. C’était moins vrai en 2002-2003 où pas mal d’indépendants et de SSII ont bu la tasse…
Ce qui m’amène à la conclusion suivante :
Etre indépendant, c’est plus rentable, tant que vous travaillez ! Mais la rémunération plus élevée se justifie essentiellement car vous acceptez un risque supplémentaire, qui normalement pèse sur la SSII.
A une différence près : pour une SSII, le risque d’inter contrat est mutualisé entre les différents « consultants », alors qu’en tant qu’indépendant, vous supportez seul ce risque…
Quelles sont les contraintes ?
Il faut prévoir une surcharge de travail lié aux obligations légales (comptabilité, déclaration d’imposition particulières à remplir, paiement de la TVA et des charges sociales, éditions et suivis des factures) et à la prospection de missions (même en passant par des SSII).
Vous serez payé à 30/60/90 voir 120 jours fin de mois : par exemple, vous travaillez en juillet, mais vous êtes payé fin août/septembre/octobre voir novembre ! C’est l’usage dans les relations entre professionnels, le paiement comptant est rare.
Mais surtout, attendez-vous à un changement de mentalité. Vous passez de l’autre côté. La vie tranquille du salarié qui rentre chez lui le soir et n’a rien d’autre à penser, c’est fini. Quelques semaines avant la fin de vos missions vous stresserez pour en trouver une autre, vous vous mettrai à lire des magazines économiques pour vous tenir au courant du marché, vous serez attentif à tout changement du cadre légal des entreprises, vous réfléchirez à comment placer votre excédent temporaire de trésorerie. Une partie de vous y pensera en permanence. C’est là que l’on appréhende le stress auquel doit faire face les petits patrons qui ont des salariés, des échéances…
Une difficulté qui est rarement abordée mais très pénalisante : vous aurez des difficultés à souscrire un crédit immobilier ou même à louer un logement. Les jeunes indépendants (moins de 3 ans d’activité) font peurs aux banques et aux propriétaires ou agences immobilières. Si vous envisagez d’acheter ou de déménager à court et moyen terme, surtout, restez salarié. A Paris, trouver un logement en tant que salarié est déjà difficile, pour un jeune indépendant c’est le parcours du combattant.
D’autres points pourraient être abordés mais feront l’objet de prochains billets.
Conclusion finale
Par le passé, les indépendants pouvaient travailler en direct sur de longues missions avec le client final et l’activité était vraiment rentable, au regard des contraintes. Aujourd’hui, la sous-traitance est de mise, les appels d’offres fréquents, et donc le ratio rémunération/incertitude est beaucoup moins élevé. Se mettre à son compte doit donc relever d’une démarche plus globale qu’une simple stratégie à caractère pécuniaire : être son propre patron, mettre un pied dans la comptabilité, l’optimisation fiscale, la prospection commerciale, les relations interentreprises, l’environnement juridique des entreprises, etc.